Monnaies du Canada

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L’HISTOIRE DES PIÈCES

HISTOIRE · 1 CENT (1858–2012)

Le cent : un siècle et demi dans le fond de nos poches

Tout commence en 1858, quand la Province du Canada rompt avec le fouillis des jetons de banque et des pièces étrangères en frappant sa première monnaie décimale. Le « grand cent » de Victoria est une belle pièce de bronze de 25,4 millimètres — exactement un pouce, ce qui permettait, dit-on, de s’en servir comme instrument de mesure. Le public l’accueille pourtant froidement : trop léger au goût des marchands habitués aux lourds jetons de cuivre, le premier tirage mettra des années à s’écouler, si bien qu’aucun autre cent ne sera frappé avant 1876, après la Confédération.

De 1876 à 1920, le grand cent accompagne la jeune Dominion. Il traverse trois règnes — Victoria, Édouard VII, George V — sans changer de gabarit. Puis, en 1920, l’économie de guerre impose une cure de minceur : le « petit cent » de 19,05 millimètres apparaît, format que la pièce gardera jusqu’à la toute fin. Les deux formats coexistent en 1920, un plaisir de collectionneur.

L’année 1937 marque le second grand tournant : la Monnaie confie à l’artiste George Kruger Gray le motif qui deviendra éternel, le rameau de deux feuilles d’érable. Simple, immédiatement canadien, il survivra à trois monarques. C’est aussi l’époque du cent le plus mythique du pays : le 1936 « à point ». À la mort de George V, en attendant les coins d’Édouard VIII qui n’arriveront jamais (l’abdication!), la Monnaie prépare des cents datés 1936 marqués d’un minuscule point sous la date pour signaler la frappe de 1937. Trois exemplaires seulement sont connus aujourd’hui — l’un d’eux s’est vendu au-delà de 400 000 $ US.

La suite est une histoire de matériaux : bronze jusqu’en 1996, zinc cuivré, puis acier cuivré à partir de 2000 — un simple aimant permet de trier les compositions. Entre 1982 et 1996, le cent adopte même douze côtés pour aider les personnes non voyantes à l’identifier. En chemin, il laisse d’autres raretés célèbres : le 1955 « sans pli d’épaule » (une retouche d’effigie qui a échappé à quelques coins) et le 2006 sans marque d’atelier ni logo.

Le 4 février 2013, après 154 ans de service, la distribution cesse : chaque cent coûtait alors 1,6 ¢ à produire. Le dernier exemplaire, frappé le 4 mai 2012 à Winnipeg, repose au Musée de la Banque du Canada. Le penny garde son cours légal — et il est devenu la porte d’entrée la plus abordable de la numismatique canadienne : des rouleaux entiers dorment encore dans les tiroirs du pays.

Sources : Monnaie royale canadienne · Musée de la Banque du Canada.

HISTOIRE · 5 CENTS (1858–AUJOURD’HUI)

Le 5 cents : du minuscule « poisson d’argent » au castor national

Le 5 cents de 1858 surprendrait bien des gens aujourd’hui : c’était une pièce d’argent minuscule — 15,5 millimètres, à peine plus d’un gramme — que les Canadiens surnommaient affectueusement « fish scale », l’écaille de poisson. Si petite qu’on la perdait, si fine qu’elle se pliait, elle resta pourtant en service pendant plus de soixante ans.

Sa dernière année d’argent, 1921, est devenue une légende : le Parlement ayant autorisé le passage au nickel, la quasi-totalité du tirage 1921 fut refondue avant de circuler. On estime qu’il en survit environ 400 exemplaires — le « prince des monnaies canadiennes », dont les beaux spécimens se négocient en dizaines de milliers de dollars. En 1922 naît le 5 cents de nickel pur, grand format, que nous connaissons encore.

En 1937, George Kruger Gray y grave le motif le plus canadien qui soit : le castor sur son rocher, hommage à l’animal qui a littéralement bâti l’économie du pays par la traite des fourrures. Mais la Seconde Guerre mondiale réquisitionne le nickel, métal stratégique : la pièce devient dodécagonale et passe au tombac (un laiton doré) en 1942, puis à l’acier chromé. En 1943, le castor cède même sa place à une torche sur un « V » de la victoire — dont la tranche cache un message en code morse : « Nous gagnerons quand nous nous attellerons volontairement à la tâche ». Ce V reviendra en 2005 pour le 60ᵉ anniversaire de la victoire.

En 1951, le 5 cents commémore le bicentenaire de l’isolation du nickel — clin d’œil à Sudbury, capitale mondiale du métal — avec une raffinerie stylisée. Ironie de l’histoire : la guerre de Corée réquisitionne aussitôt le nickel et la pièce repasse à l’acier. Elle gardera ses douze côtés jusqu’en 1962, redeviendra ronde et de nickel pur, puis adoptera l’acier plaqué en 2000. En 1967, pour le centenaire de la Confédération, Alex Colville y fait bondir un lièvre.

Le castor, lui, n’a plus quitté son rocher — 88 ans et trois souverains plus tard, il est probablement le motif animalier le plus reconnu de la poche des Canadiens.

Sources : Monnaie royale canadienne · Association royale de numismatique du Canada.

HISTOIRE · 10 CENTS (1858–AUJOURD’HUI)

Le 10 cents : la plus petite pièce et son grand voilier

Présent dès la première frappe de 1858, le 10 cents est resté la plus petite pièce canadienne en circulation — 18,03 millimètres. En argent sterling sous Victoria et Édouard VII, puis en argent à 800 ‰ à partir de 1920, il a été de toutes les époques, avec quelques interruptions notables : aucune frappe de 1922 à 1927, les années folles n’ayant pas besoin de nouvelles pièces.

Comme le cent, le 10 cents possède son fantôme de 1936 : une poignée d’exemplaires « à point », frappés en janvier 1937 avec les coins de l’année précédente, dont on ne connaît que quatre ou cinq survivants. Et comme toute la monnaie canadienne, il attendait 1937 pour recevoir son identité définitive.

Elle vint de la mer. Emanuel Hahn y grava une goélette de course toutes voiles dehors, inspirée du Bluenose, le légendaire voilier de pêche de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse. Lancé en 1921, invaincu pendant dix-sept ans de courses internationales, le Bluenose était déjà un héros national quand il accosta sur la pièce de dix cents — où il navigue encore. Hahn a toujours dit s’être inspiré d’un « voilier composite », mais la Monnaie a officiellement reconnu le Bluenose en 2002.

Le métal, lui, a suivi le siècle : argent jusqu’en 1966, titre abaissé à 500 ‰ en 1967-1968 pendant la flambée du métal, puis nickel pur dès la fin de 1968 — les deux compositions coexistent cette année-là, et seul un aimant ou une balance les distingue. Depuis 2000, c’est l’acier plaqué. Parmi les dates recherchées : le rare 1969 « grande date » et le 10 cents 2001 du bénévolat.

En 2021, pour le centenaire du voilier, la Monnaie a offert au Bluenose une pièce colorée — le navire n’a jamais pris une ride.

Sources : Monnaie royale canadienne · Bluenose — Nouvelle-Écosse.

HISTOIRE · 25 CENTS (1870–AUJOURD’HUI)

Le 25 cents : le caribou… et le laboratoire de la Monnaie

Né en 1870 avec la première monnaie de la Dominion, le 25 cents d’argent de Victoria fut longtemps une pièce sérieuse et rare — plusieurs années victoriennes manquent à l’appel, et les frappes des années 1880-1890 sont modestes. Il fallut attendre 1937 pour que la pièce trouve son visage : le caribou d’Emanuel Hahn, tête altière et bois déployés, choisi parmi les grands symboles de la faune canadienne.

Le caribou n’a cédé sa place qu’à de grandes occasions : le lynx bondissant de 1967 (Alex Colville, centenaire de la Confédération), le gendarme à cheval de 1973 (centenaire de la GRC), et le drapeau de 1992 pour les 125 ans du pays — année où le 25 cents devint véritablement le laboratoire de la Monnaie : douze pièces, une par province et territoire, ont fait courir tout le pays après sa monnaie.

L’expérience se répéta en 1999 et 2000 avec les vingt-quatre pièces du Millénaire, dessinées en partie par le public. Puis vint la révolution de 2004 : le coquelicot coloré, première pièce de circulation colorée au monde, frappée à Winnipeg pour le jour du Souvenir. Anecdote véridique : des chauffeurs américains crurent y voir un dispositif d’espionnage, au point que le contre-espionnage des États-Unis ouvrit un dossier! Suivront les Jeux de Vancouver (2007-2010), les héros de la guerre de 1812, les pièces lumineuses des dinosaures et bien d’autres.

Côté métal, même trajectoire que ses sœurs : argent sterling, puis 800 ‰, l’année charnière 1967-1968 à 500 ‰, le nickel, et l’acier plaqué depuis 2000. Les dates en argent se repèrent au tintement clair et à la tranche sans cœur de cuivre.

S’il fallait ne collectionner qu’une valeur pour raconter le Canada moderne, ce serait probablement celle-là : le 25 cents est la pièce que la Monnaie choisit chaque fois qu’elle veut parler au pays entier.

Sources : Monnaie royale canadienne · Musée de la Banque du Canada.

HISTOIRE · 50 CENTS (1870–AUJOURD’HUI)

Le 50 cents : la pièce que personne ne voit jamais

C’est le paradoxe du 50 cents : frappé presque chaque année depuis 1870, il est pourtant introuvable dans la monnaie courante. Trop grand, trop lourd, concurrencé par le billet puis par la pièce de un dollar, il a passé sa vie dans les coffres des banques… et dans les albums des collectionneurs, qui lui vouent un culte.

Ce culte a son graal : le 50 cents 1921. La demande pour la grosse coupure était si faible dans les années 1920 que la Monnaie refondit presque tout son stock — incluant la quasi-totalité du tirage 1921 — lorsqu’il fallut frapper du neuf en 1929. On estime qu’il subsiste 75 à 100 exemplaires : le « roi des monnaies canadiennes », qui dépasse les 200 000 $ dans les belles conservations. Son petit frère de 1932 est lui aussi une rareté redoutée.

En 1937, George Kruger Gray lui dessine des armoiries simplifiées; en 1959, le maître graveur Thomas Shingles réalise un tour de force en gravant à la main les armoiries complètes du Canada sur la matrice — écu, lion, licorne et devise. La pièce y gagne le revers le plus chargé et le plus majestueux de la circulation canadienne, à peine retouché depuis.

L’argent disparaît après 1967, le nickel puis l’acier prennent le relais, et le tirage tombe à quelques centaines de milliers d’exemplaires par année, essentiellement vendus aux collectionneurs en rouleaux de la Monnaie. En demander un au comptoir d’une banque reste le moyen le plus simple — et le plus amusant — d’en obtenir : la caissière devra souvent fouiller.

Une valeur discrète, donc, mais aucune collection canadienne n’est complète sans elle — et l’onglet Complétion du site vous rappellera qu’elle est, année pour année, l’une des plus exigeantes à terminer.

Sources : Monnaie royale canadienne · ARNC.

HISTOIRE · 1 DOLLAR (1935–AUJOURD’HUI)

Le dollar : du Voyageur d’argent au huard doré

Le Canada attendit 1935 — et le jubilé d’argent de George V — pour frapper son premier dollar de circulation. Emanuel Hahn y grava une scène devenue iconique : un voyageur et un Autochtone pagayant un canot chargé de ballots de fourrures, îlot et aurores boréales à l’horizon. Le dollar Voyageur, 23,3 grammes d’argent à 800 ‰, allait régner un demi-siècle.

Ses années commémoratives racontent le pays : le Parlement pour la visite royale de 1939, Terre-Neuve et le navire Matthew pour son entrée dans la Confédération en 1949, le totem de la Colombie-Britannique en 1958 — surnommé « death dollar » par des collectionneurs suspicieux —, Charlottetown en 1964, et la majestueuse oie de Colville en 1967, chant du cygne du dollar d’argent. Dès 1968, la pièce passe au nickel et rapetisse. Les initiés traquent le 1947 « feuille d’érable », le rarissime 1948 (tirage minuscule) et les variétés « Arnprior » aux lignes d’eau incomplètes.

Puis vient l’accident le plus célèbre de la numismatique canadienne. En 1986, la Monnaie décide de remplacer le billet de un dollar par une pièce dorée à onze côtés, reprenant le Voyageur. Mais les matrices disparaissent mystérieusement en transit entre Ottawa et Winnipeg! Par sécurité, on ressort un dessin de réserve : le huard de Robert-Ralph Carmichael. Lancé en 1987, le « loonie » baptise jusqu’au taux de change du pays. Les matrices volées, elles, n’ont jamais été retrouvées.

Le huard a depuis ses propres légendes : le « lucky loonie » enterré sous la glace de Salt Lake City en 2002, qui porta l’or olympique aux deux équipes canadiennes de hockey et devint une tradition; les dollars commémoratifs de Terry Fox (2005), des droits de la personne, d’Oscar Peterson (2022) ou d’Elsie MacGill (2023). Depuis 2012, un motif de sécurité au laser veille sur lui.

Du canot d’argent au plongeur doré, le dollar reste la pièce la plus « racontable » de la collection — et le premier arrêt de quiconque hérite d’un coffret familial.

Sources : Monnaie royale canadienne · Musée de la Banque du Canada.

HISTOIRE · 2 DOLLARS (1996–AUJOURD’HUI)

Le toonie : le pari bimétallique qui a conquis le pays

Le 19 février 1996, le billet de deux dollars tirait sa révérence au profit d’une pièce audacieuse : une couronne de nickel enserrant un cœur de bronze d’aluminium — la première pièce de circulation bimétallique du Canada. Sur le revers, l’ours polaire au début de l’été de Brent Townsend, campé sur un floe. Le public hésita entre plusieurs surnoms (« bearie »? « doubloonie »?) avant que « toonie » ne s’impose, calqué sur le loonie.

Les débuts furent mouvementés : sur certaines pièces des premiers mois, le cœur pouvait se déloger de la couronne — au gel, ou sous les doigts d’adolescents ingénieux. La presse s’en amusa, la Monnaie corrigea le verrouillage, et ces « toonies éclatés » sont devenus des curiosités de collection. En 2012, la pièce reçut une cure complète : acier plaqué, tranche à sillon, image latente et gravures laser en font l’une des pièces de circulation les plus sécurisées au monde.

L’ours — que les numismates appellent affectueusement Churchill, du nom de la capitale mondiale de l’ours polaire — partage régulièrement sa banquise : inukshuk du millénaire (2000), famille d’ours, quête de la paix, centenaire de Vimy, l’Esprit de Haida Gwaii de Bill Reid (2020), et les premiers toonies noirs à anneau coloré pour l’Insigne de la découverte (2017) puis le centenaire de l’insuline (2021) — une première mondiale de plus.

Pour le collectionneur, le toonie est un terrain de jeu récent et accessible : moins de trente années à couvrir, des commémoratives spectaculaires, et quelques pièces déjà recherchées comme le 1996 « German planchet » ou les faibles tirages de certaines années 2000.

Sources : Monnaie royale canadienne.

LES SOUVERAINS SUR NOS MONNAIES

SOUVERAINS · 1858–1901

Victoria : la reine aux mille visages

Quand la Province du Canada frappe sa première monnaie en 1858, Victoria règne déjà depuis vingt et un ans — et elle régnera encore quarante-trois. Toute la monnaie canadienne du XIXᵉ siècle porte son profil, gravé principalement par Leonard C. Wyon, de la grande dynastie de graveurs de la Royal Mint.

Particularité qui fait le bonheur des spécialistes : le Canada n’a jamais eu droit à un portrait de Victoria, mais à une mosaïque de variantes. Chaque valeur avait ses propres poinçons, retouchés au fil des décennies — diadème, chignon, traits rajeunis ou vieillis — si bien qu’on dénombre des dizaines de « portraits » victoriens selon la valeur et l’année. Sur ses monnaies, la reine ne vieillit presque pas : le profil juvénile couronné de lauriers servira jusqu’à sa mort, à 81 ans.

Les frappes victoriennes canadiennes, souvent réalisées à Londres ou à Birmingham (la marque « H » de Heaton), sont modestes et irrégulières — d’où les nombreuses années manquantes que l’onglet Complétion du site vous montre pour cette époque. C’est le terrain de chasse le plus exigeant et le plus gratifiant de la numismatique canadienne.

Sources : Musée de la Banque du Canada · Royal Mint.

SOUVERAINS · 1902–1910

Édouard VII : le règne court du roi élégant

Fils de Victoria, Édouard VII monte sur le trône à 59 ans, après une vie entière d’héritier. Son règne de neuf ans donne à la monnaie canadienne une série courte, homogène et étonnamment complète : toutes les valeurs, presque toutes les années — un bonheur pour qui aime « finir » une série.

Son effigie, dessinée par George W. De Saulles, le montre de profil droit, tête nue puis couronnée selon les valeurs — un roi barbu, massif, d’une élégance édouardienne. C’est sous son règne, en 1908, qu’ouvre enfin la succursale d’Ottawa de la Royal Mint : pour la première fois, le Canada frappe sa monnaie chez lui. La toute première pièce sortie des presses, un 50 cents, fut frappée par la comtesse Grey — l’épouse du gouverneur général — lors de la cérémonie d’ouverture.

Pour le collectionneur, l’époque édouardienne est la porte d’entrée idéale vers la monnaie ancienne : plus abordable que Victoria, plus rare que George V, et chargée du parfum de la Belle Époque.

Sources : Monnaie royale canadienne — notre histoire.

SOUVERAINS · 1911–1936

George V : le roi « sans Dieu » et les grandes raretés

Le règne de George V s’ouvre sur un scandale théologique. Les premières pièces de 1911, à l’effigie de Bertram MacKennal, omettent la formule latine DEI GRATIA — « par la grâce de Dieu ». La presse s’enflamme, on parle de « godless coinage », la monnaie impie! Dès 1912, « DEI GRA: » réapparaît, et les pièces de 1911 deviennent une année-type recherchée. Le summum : le dollar d’essai 1911, jamais émis, dont il existe deux exemplaires en argent et un en plomb — « l’empereur des monnaies canadiennes », vendu plus d’un million de dollars.

Ce règne de 26 ans est une mine de raretés : le 5 cents 1921 (le « prince »), le 50 cents 1921 (le « roi »), les surdates des années 1940… pardon, des années folles, et les petites années de la Grande Dépression, où l’économie tournait si lentement que certaines valeurs ne furent tout simplement pas frappées — le 10 cents s’absente de 1922 à 1927, le 50 cents ne paraît qu’en pointillé.

C’est aussi sous George V que le Canada affirme sa souveraineté monétaire : création de la Banque du Canada (1934), premier dollar de circulation (1935, pour son jubilé), et transformation de la succursale d’Ottawa en Monnaie royale canadienne (1931). Le vieux roi marin, lui, garde sur toutes les pièces sa barbe et sa couronne impériale — un profil sévère que la crise de 1929 rendit familier à des millions de poches vides.

Sources : Musée de la Banque du Canada · ARNC.

SOUVERAINS · 1937–1952

George VI : le roi malgré lui et l’âge d’or des motifs

George VI n’aurait jamais dû régner : c’est l’abdication de son frère Édouard VIII, en décembre 1936, qui le propulse sur le trône — si vite qu’aucune monnaie canadienne ne portera jamais l’effigie d’Édouard VIII (seuls les fameux « points » de 1936 en gardent la trace indirecte). Timide, bègue, le roi de The King’s Speech deviendra pourtant le souverain de la guerre, immensément aimé.

Son avènement en 1937 offre au Canada l’occasion de refaire toute sa monnaie d’un coup : rameau d’érable sur le cent, castor sur le 5 cents, Bluenose sur le 10 cents, caribou sur le 25 cents, armoiries sur le 50 cents — la série dessinée par Kruger Gray et Hahn qui définit encore aujourd’hui la poche canadienne. Son effigie par T. Humphrey Paget est la première tête nue de la monnaie canadienne.

Deux subtilités de légende passionnent les collectionneurs : jusqu’en 1947, le roi est ET IND: IMP: — empereur des Indes. L’indépendance indienne impose de retirer le titre, mais les nouvelles matrices tardent : le Canada frappe alors en 1948 des pièces datées 1947 marquées d’une minuscule feuille d’érable après la date. Les « vraies » pièces de 1948, frappées en fin d'année en petites quantités, comptent parmi les clés de la série — le dollar 1948 en tête.

Sources : Monnaie royale canadienne · Musée de la Banque du Canada.

SOUVERAINS · 1953–2022

Elizabeth II : quatre visages pour soixante-dix ans

Aucun monarque n’a occupé la monnaie canadienne aussi longtemps : soixante-dix ans, et quatre effigies successives qui permettent de dater une pièce d’un coup d’œil. La première (1953-1964), par Mary Gillick, montre une jeune reine de 27 ans couronnée de lauriers — avec, dès la première année, la célèbre paire de variétés « avec/sans pli d’épaule », née d’un relief trop faible corrigé en cours d’année.

Suivent le portrait au diadème d’Arnold Machin (1965-1989), celui au diadème royal de Dora de Pédery-Hunt (1990-2002) — première effigie royale canadienne conçue par un artiste canadien —, puis le portrait de la maturité de Susanna Blunt (2003-2023), tête nue, d’une sobriété qui fit date. Sous son règne, le Canada vit tout : le centenaire de 1967 et les animaux de Colville, la fin de l’argent, le huard, le toonie, les pièces colorées, les Jeux de 2010.

À sa mort en septembre 2022, une tradition disparaît avec elle : la reine regardait à droite, comme le veut l’alternance des règnes britanniques depuis Charles II. Les pièces à son effigie — des dizaines de milliards d’exemplaires — resteront en circulation pendant des décennies : le Canada ne retire jamais ses pièces, il les laisse s’éteindre doucement.

Sources : Monnaie royale canadienne — effigies royales.

SOUVERAINS · DEPUIS 2023

Charles III : un roi tourné vers la gauche

Dévoilée en novembre 2023, l’effigie canadienne de Charles III est l’œuvre du sculpteur montréalais Steven Rosati — la deuxième seulement à être confiée à un artiste canadien. Fidèle à la tradition d’alternance, le roi regarde à gauche, à l’inverse de sa mère; tête nue, traits réalistes, il s’inscrit dans la sobriété inaugurée par le portrait de Susanna Blunt.

Les premières pièces de circulation à son effigie sont sorties des presses de Winnipeg en décembre 2023, le dollar huard ouvrant le bal. Depuis, toutes les valeurs basculent progressivement — les pièces d’Elizabeth II continuant de circuler à leurs côtés, comme le veut l’usage canadien.

Pour le collectionneur, un règne qui commence est une chance rare : c’est le moment d’assembler les premières années de frappe à valeur faciale, celles-là mêmes qui, dans cinquante ans, ouvriront les albums. L’onglet Complétion du site trace déjà la série « Charles III » de chaque valeur — elle sera courte encore longtemps.

Sources : Monnaie royale canadienne — effigie de Charles III.

LES PIÈCES RARES DE LA CIRCULATION

RARETÉ MODERNE · 25 CENTS 1991

Le 25 cents 1991 : la rareté cachée de la petite monnaie

C’est la rareté que tout le monde peut encore espérer trouver dans un rouleau. En 1991, la Monnaie royale canadienne ne frappe que 459 000 pièces de 25 cents au caribou — une goutte d’eau, quand une année ordinaire en produit de 50 à 200 millions. La raison est prosaïque : les stocks des années précédentes suffisaient à la demande, et l’usine préparait déjà l’énorme programme commémoratif de 1992, les douze quarts des provinces et territoires du 125e anniversaire.

Résultat : le 25 cents 1991 est de très loin le millésime clé de la série moderne. Usé, il se négocie déjà quelques dollars — un multiple inouï de sa valeur faciale pour une pièce de moins de 40 ans. Non circulé, on parle de dizaines de dollars, et bien davantage pour les hauts grades certifiés MS-65 et plus. Le réflexe du collectionneur : vérifier systématiquement la date de chaque quart caribou qui lui passe entre les mains.

L’année 1991 est d’ailleurs creuse sur toute la ligne : le 50 cents (490 000 exemplaires), le 5 cents, le 10 cents et le dollar huard de 1991 affichent aussi des tirages faibles qui en font des dates recherchées en belle condition. Un petit lot « 1991 » mis de côté aujourd’hui est un placement de patience raisonnable.

RARETÉS LÉGENDAIRES · 1921

1921 : l’année qui a créé le Roi et le Prince

Aucune date n’est plus mythique dans la numismatique canadienne que 1921 — elle a produit deux des plus grandes raretés du pays, pour la même raison : des pièces frappées… puis détruites avant d’avoir circulé.

Le 50 cents 1921, « le Roi des monnaies canadiennes ». Environ 206 000 exemplaires sortent des presses, mais la demande pour cette grosse coupure s’est effondrée : presque tout reste dans les coffres. Quand les banques redemandent enfin des 50 cents en 1929, la Monnaie juge le vieux stock invendable — le public se méfierait de pièces « neuves » datées de plusieurs années — et fond près d’un demi-million de pièces des années 1920-1921 pour en refrapper des neuves. On estime qu’il ne survit que 75 à 150 exemplaires du millésime 1921, échappés en circulation ou dans des ensembles de spécimens. Aux enchères, la pièce dépasse régulièrement les 100 000 $, et les plus beaux spécimens ont franchi le quart de million.

Le 5 cents 1921, « le Prince ». La même année, le Parlement vote le remplacement du minuscule 5 cents en argent par la grosse pièce de nickel qui arrive en 1922. Le stock de 5 cents d’argent 1921 — environ 2,5 millions frappés — part à la fonte presque au complet. Les survivants, autour de 400, proviennent surtout des ventes aux visiteurs de la Monnaie. Comptez plusieurs milliers de dollars même en état usé.

Avertissement d’usage : ces deux gloires attirent les faussaires — dates regravées à partir de 1911 ou 1931, pièces rehaussées. Pour un achat, exigez une certification (ICCS, PCGS, NGC); pour une trouvaille, faites-la authentifier avant de rêver trop fort.

RARETÉ CLASSIQUE · DOLLAR 1948

Le dollar 1948 : 18 780 exemplaires à cause d’un titre royal

La clé de toute la série des dollars en argent tient à un détail de latin impérial. Le 15 août 1947, l’Inde devient indépendante : la mention « ET IND: IMP: » (et empereur des Indes) qui entoure l’effigie de George VI n’a plus le droit d’exister. Or les matrices viennent de Londres, et Londres est débordée. En attendant les nouveaux outillages, la Monnaie d’Ottawa étire l’année 1947 en frappant des pièces datées 1947 marquées d’une minuscule feuille d’érable — signe qu’elles sont en réalité frappées en 1948.

Quand les matrices corrigées arrivent enfin, l’année est presque finie : seulement 18 780 dollars datés 1948 sont frappés. C’est le tirage le plus faible de tous les dollars voyageur, et la demande ne s’est jamais démentie : comptez plus de 1 000 $ même en condition très usée, et plusieurs milliers en qualité supérieure — un billet de mille qui dort peut-être dans une vieille boîte familiale.

Le même scénario touche toutes les valeurs de 1947-1948 : les « 1947 feuille d’érable » et les 1948 à faible tirage (le 50 cents 1948 : 37 784 exemplaires) forment un chapitre entier de dates clés. Si vous héritez de monnaies de cette époque, examinez chaque date à la loupe — et repérez la petite feuille.

GUIDES PRATIQUES

GUIDE DE DÉPART

Les sept valeurs de la monnaie canadienne

Une collection de circulation canadienne peut s’organiser autour de sept valeurs : 1 cent, 5 cents, 10 cents, 25 cents, 50 cents, 1 dollar et 2 dollars. La pièce de 1 cent n’est plus distribuée depuis le 4 février 2013, mais elle demeure une pièce de collection et conserve son cours légal. La pièce de 50 cents est aussi légale, même si elle est peu utilisée au quotidien et généralement produite en quantité limitée.

Pour une collection uniforme, commencez par choisir une valeur faciale, puis une année. Utilisez ensuite le type « Régulière » pour les dessins courants et « Commémorative » pour une émission marquant un événement. Cette méthode rend les statistiques par dénomination beaucoup plus utiles.

Source : Monnaie royale canadienne — pièces de circulation.

QUALITÉ

Comprendre l’échelle Sheldon

L’échelle Sheldon classe l’état de conservation d’une monnaie de 1 à 70. Les pièces ayant circulé se situent généralement entre PO-1 et AU-58; les grades MS-60 à MS-70 correspondent à « Mint State », donc à des monnaies non circulées. Le numéro ne mesure pas la rareté ou la valeur : il décrit l’état de la pièce.

Les grades intermédiaires ont leur importance. EF-45 (Extremely Fine) indique une pièce aux détails encore nets avec seulement une usure légère; AU-55 et AU-58 désignent une monnaie presque non circulée. Pour garder une collection cohérente, notez le grade observé et indiquez dans les notes s’il provient d’une certification professionnelle.

Source : American Numismatic Association — Official Grading Standards.

ÉMISSIONS SPÉCIALES

Comment repérer une pièce commémorative

Les pièces commémoratives de circulation sont souvent identifiées par un motif inhabituel, une date anniversaire ou une couleur. Par exemple, 1967 a vu paraître des motifs du Centenaire sur les monnaies canadiennes; le dollar « Huard » est entré en circulation en 1987, et la pièce de 2 dollars, reconnaissable à sa construction bimétallique, date de 1996.

Avant d’attribuer une valeur, vérifiez l’année, le dessin et la composition. La recherche rapide de votre collection propose déjà plusieurs repères connus; elle doit servir à préremplir la fiche, puis être confirmée avec une source spécialisée ou le catalogue de la Monnaie.

Source : Monnaie royale canadienne — 1 dollar et 2 dollars.

HISTOIRE

Le dollar Voyageur et les dollars en argent (1935–1986)

Le premier dollar de circulation canadien paraît en 1935 pour le jubilé d’argent de George V. Son revers, dessiné par Emanuel Hahn, montre un voyageur et un Autochtone pagayant un canot chargé de fourrures — un motif devenu emblématique qui restera sur le dollar régulier jusqu’en 1986. Jusqu’en 1967, ces dollars sont frappés en argent (800 ‰ puis 500 ‰ à la toute fin), ce qui leur donne aujourd’hui une valeur minimale liée au métal, peu importe l’état.

À partir de 1968, le dollar Voyageur passe au nickel pur et son diamètre diminue : c’est un repère simple pour distinguer au premier coup d’œil un dollar en argent d’un dollar en nickel. En 1987, le dollar de papier est remplacé par le Huard doré, plus petit, et le Voyageur quitte la circulation. Pour la fiche de collection, notez le métal (« Argent » ou « Nickel ») : la valeur estimée en dépend fortement.

Source : Monnaie royale canadienne et Musée de la Banque du Canada.

PIÈCE DISPARUE

Le retrait du cent et les cents qui valent plus d’un cent

La Monnaie royale canadienne a frappé son dernier cent de circulation en mai 2012, et la distribution a cessé le 4 février 2013. La pièce garde son cours légal, mais les paiements comptants sont depuis arrondis aux 5 cents. Résultat : le penny est devenu la porte d’entrée la plus abordable de la numismatique canadienne — des rouleaux entiers se trouvent encore à valeur faciale.

Certaines années méritent toutefois une attention particulière : le très rare cent 1936 « à point » (un point sous la date), le 1955 « sans pli d’épaule » (No Shoulder Fold) et les variétés de composition — bronze jusqu’en 1996, zinc cuivré puis acier cuivré ensuite, qu’un simple aimant permet de distinguer. Avant de trier vos cents, vérifiez la date, puis l’aimant, puis les variétés connues dans un catalogue.

Source : Monnaie royale canadienne — élimination du cent.

BONNES PRATIQUES

Conserver et ranger ses pièces sans les abîmer

La règle d’or : ne nettoyez jamais une pièce de collection. Un polissage, même doux, laisse des microrayures qui font chuter le grade et la valeur — les collectionneurs préfèrent une patine d’origine à un éclat artificiel. Manipulez toujours les pièces par la tranche, idéalement avec des gants de coton, au-dessus d’une surface molle.

Pour le rangement, privilégiez les capsules rigides ou les cartons 2x2 agrafés à fenêtre de Mylar, et évitez tout plastique contenant du PVC, qui dégage avec le temps un résidu verdâtre corrosif. Gardez l’ensemble dans un endroit sec et stable — un sachet de gel de silice dans le cabas ou le coffret aide à contrôler l’humidité. Photographiez chaque pièce à l’achat : c’est votre référence d’état et votre preuve en cas de perte.

Source : American Numismatic Association — conseils de conservation.

POUR ALLER PLUS LOIN

Erreurs et variétés : quand un défaut fait la valeur

Une « erreur » naît d’un accident de frappe : flan fendillé, frappe décentrée, coin fissuré qui laisse une ligne en relief. Une « variété » vient plutôt d’une différence sur le coin lui-même : surdate, doublement du motif ou retouche de gravure, répétée sur toutes les pièces issues de ce coin. Les deux catégories intéressent les collectionneurs, mais les variétés répertoriées dans les catalogues sont plus faciles à authentifier et à revendre.

Au Canada, le 5 cents 1926 « 6 éloigné », le cent 1955 sans pli d’épaule et les surdates des années 1940 comptent parmi les classiques. Examinez vos trouvailles à la loupe (10x), comparez-les aux photos d’un catalogue reconnu et, pour toute pièce potentiellement importante, faites confirmer par une certification professionnelle avant d’inscrire une valeur élevée dans votre collection.

Source : Association royale de numismatique du Canada.